ISSN 2421-5813

Pensées sous les nuages

Dans Fulgurations, Gare

de Philippe Jaccottet

— Je ne crois pas décidément que nous ferons ce voyage à travers tous ces ciels qui seraient de plus en plus clairs, emportés au défi de toutes les lois de l’ombre. Je nous vois mal en aigles invisibles, à jamais tournoyant autour de cimes invisibles elles aussi par excès de lumière . . . […]

L’irruption des mots

Dans Fulgurations, Gare

de André Frénaud

Je ris aux mots. J’aime quand ça démarre, qu’ils s’agglutinent, et je les déglutis comme cent cris de grenouille en frai. Ils sautent et s’appellent, s’éparpillent et m’appellent et se rassemblent et je ne sais si c’est Je qui leur réponds ou eux encore dans un tumulte intraitablement frais qui vient sans doute de nos […]

Liens

Dans Fulgurations, Gare

de Guillaume Apollinaire

Cordes faites de cris Sons de cloches à travers l’Europe Siècles pendus Rails qui ligotez les nations Nous ne sommes que deux ou trois hommes Libres de tous liens Donnons-nous la main Violente pluie qui peigne les fumées Cordes Cordes tissées Câbles sous-marins Tours de Babel changées en ponts Araignées-Pontifes Tous les amoureux qu’un seul […]

Nous avons

Dans Fulgurations, Gare

de René Char

Notre parole, en archi­pel, vous offre, après la dou­leur et le désastre, des fraises qu’elle rap­porte des landes de la mort, ainsi que ses doigts chauds de les avoir cherchées. Tyran­nies sans delta, que midi jamais n’illumine, pour vous nous sommes le jour vieilli ; mais vous igno­rez que nous sommes aussi l’œil vorace, bien […]

Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud !

Dans Fulgurations, Gare

de René Char

Tes dix-huit ans réfractaires à l’amitié, à la malveillance, à la sottise des poètes de Paris ainsi qu’au ronronnement d’abeille stérile de ta famille ardennaise un peu folle, tu as bien fait de les éparpiller aux vents du large, de les jeter sous le couteau de leur précoce guillotine. Tu as eu raison d’abandonner le […]

Bords de mer

Dans Fulgurations, Gare

de Francis Ponge

La mer jusqu’à l’approche de ses limites est une chose simple qui se répète flot par flot. Mais les choses les plus simples dans la nature ne s’abordent pas sans y mettre beaucoup de formes, faire beaucoup de façons, les choses les plus épaisses sans subir quelque amenuisement. C’est pourquoi l’homme, et par rancune aussi […]

Portrait légèrement déhanché

Dans Fulgurations, Gare

de Pierre Seghers

La vie me fut un merveilleux voyage Gouffre intérieur de pleurs emplis, palais vendus pour rien, pour s’en aller plus vite, sans bagages Léger, des vieux portiers inentendu. Me fut ? Non pas. Elle m’est un parfum où le jais à jamais se mêle à la cannelle Où je goûte la vie si belle d’être […]

Je vous parle des murs

Dans Fulgurations, Gare

de Guy Levis Mano

Si tu parles aux murs, fais attention, je te préviens fais attention. Les murs sont comme ces plantes bizarres qui semblent fermées et quiètes. Mais ce n’est pas vrai. Un moment ou l’autre, elles s’ouvrent subrepticement — c’est toujours au contact d’une proie ingénue — et elles se referment vous ayant happé irrémédiablement, et assimilé. […]

L’explication des métaphores

Dans Fulgurations, Gare

de Raymond Queneau

Loin du temps, de l’espace, un homme est égaré, Mince comme un cheveu, ample comme l’aurore, Les naseaux écumants, les deux yeux révulsés, Et les mains en avant pour tâter le décor   — D’ailleurs inexistant. Mais quelle est, dira-t-on, La signification de cette métaphore : « Mince comme un cheveu, ample comme l’aurore » […]

Poursuite

Dans Fulgurations, Gare

de Jean Tardieu

Un monument, dans la fuite du jour, Se penche, au bord de mourir fleuve et poudre. Ah ! maintenez, mes regards, cette tour Debout, loin des pensées qui la veulent dissoudre.   Les premiers frôlements d’une aile noire Et la distance à mes mains s’opposant Brisent la pierre et font que ce Présent Déjà dévale, […]

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