ISSN 2421-5813

“Mettre de l’ordre dans la vie”

L’expérience de Gianfranco Contini

Né à Domodossola le 4 janvier 1912, Gianfranco Contini poursuit ses études de 1929 à 1933 à l’Université de Pavie où il obtient son diplôme en philologie romane avec une thèse intitulée Contributo allo studio di Bonvesin de la Riva[1]. Pendant ses années universitaires, il s’exerce également dans les domaines de la dialectologie et de la critique militante. En 1933, il publie l’essai Introduzione a Eugenio Montale dans la « Rivista Rosminiana ». Dans ces pages il révèle une maturité culturelle et une capacité d’intuition hors du commun. Le 8 juin, il reçoit de Montale quelques mots d’intense remerciement : « Mon œuvre a rarement été analysée avec une telle intelligence et un tel amour. Je ne vous connaissais pas du tout, il y a peu de temps ; cela ne fait qu’accroître mon intérêt et ma gratitude »[2]. Contini répond le 11 juin :

Si mon article ne vous a pas déplu, j’en suis ravi : bien qu’à vrai dire, il me semble à moi terriblement aride et scolastique. Il y a pourtant un fait, qui est moins aride : dans la découverte de cette « crise théorétique » il y a beaucoup d’aspects autobiographiques. Si tous les critiques et tous les lecteurs avouaient leurs bovarysmes… Et il est sûr que cette crise n’est pas du tout insoluble : une « renaissance » […] me paraît naturelle, voire nécessaire ; et il me semble en particulier qu’en termes de culture ou d’émotion, elle ne doit pas aller chercher une autre matière que l’autobiographie.

Autobiographie, culture et émotion : voilà les trois points essentiels de la position intellectuelle du jeune Contini : le procès d’identification et de découverte de soi dans la parole du texte, dont il parle à propos de Montale, définit sa manière de lire la plus productive et la plus engagée. C’est ce dont témoigne un autre fragment de sa correspondance, daté du 25 octobre 1939 :

Je crois que la relecture en livre [des textes du recueil Le Occasioni] me donnera des chocs violents (dans le sens de frisson, bien entendu). Jusqu’à présent, le choc le plus fort m’a été causé par les Mottetti ; et par leur allusion systématique, implacable, à un centre précis, qui me touche infiniment. Je te remercie d’avoir déjà écrit, déjà prévu pour moi les premiers « mottetti », dans la Bestimmung où je t’écris aujourd’hui.[3]

Le 5 janvier 1940, il ajoute :

Depuis que j’ai reçu les Occasioni […] je passe mes soirées avec elles, dans un état d’obstination due à une idée fixe qui me pousse à parcourir toujours les mêmes itinéraires. J’ai l’impression d’être un de ces « quakers » de Verne, solitaires sur une île, qui cherchent une solution à leur cas en fouillant dans les premières pages de la Bible. Mais là aussi, il me semble que quelque chose de moi, et qui m’y attend comme une révélation, est présent dans les textes.[4]

 Les signes d’un génie en herbe, dont la culture est par principe réfractaire à la froideur impartiale des énoncés, sont immédiatement reconnus par Carlo Emilio Gadda, qui, le 13 mai 1934, écrit de Florence à son ami Silvio Guarnieri : « Nous avons rencontré, à Rome et ici, Gianfranco Contini, critique et polyglotte ; c’est un puits de science de 22 ans, et on est tous un peu emballés par lui. Il s’occupe de Bonvesin della Riva, en plus de Montale et Bonsanti et Gadda ».[5]

À un certain moment, le Recteur de l’Université de Pavie, Pietro Ciapessoni, qui suivait ses progrès très attentivement, dut exprimer quelques réserves et ses perplexités sur des divagations et digressions de la science proprement dite philologique : il s’agissait de contributions sur Moretti, Tommaseo, Cecchi, Thomas Mann, Ungaretti (parus entre 1930 et 1932 dans la « Rivista Rosminiana ») et d’articles sur le patois de l’Ossola. Le 7 novembre 1932, Contini réplique :

De retour de Rome, j’ai trouvé votre carte, dans laquelle j’ai lu avec surprise cette allusion à une trahison de ma part au détriment de la philologie romane. Moi qui travaille dans cette voie, je peux bien le dire, depuis dix ans, je n’ai aucune intention de quitter une discipline qu’on m’attribue désormais officiellement… Mes études ou mes distractions dialectologiques sont très innocentes, comme faire de l’aviron ou jouer au football pendant son temps libre ».[6]

 Au-delà de ces disputes, le principe de base est repris et approfondi dans le long essai consacré à Benedetto Croce (écrit en 1951 et paru pour la première fois en 1966), en ces termes : une vie ne peut pas être structurée de façon unitaire, étant donné que l’unité est le résultat d’un effort qui dure toute une vie. Autrement dit : tout aspect de la culture, historique et érudite, humanistique et littéraire, aussi bien que scientifique et expérimentale, s’exprime dans le désir d’une connaissance totale, qui est aussi son moteur initial ; une connaissance sélective, fatalement anxieuse et douloureuse, pour laquelle la conquête d’une méthode – ou d’une discipline rigoureuse – est aussi en même temps la recherche d’une forme de santé et de salut, ayant donc une portée religieuse, qui a pour aboutissement la sagesse de se mettre en jeu toujours « à la première personne ». Dans une lettre à Emilio Cecchi du 10 juin 1944, il observait :

Il faudrait avoir un cerveau limité. Une seule spécialisation, qui empêche de faire autre chose. On dit que les abouliques ne savent pas choisir. Cependant, je crains que les choix ne soient, dans la plupart des cas, que des nécessités ; chez ceux qui se proposent comme exemples. Et chez les « résolus » je trouve un peu de couardise.[7]

La double radicalité de sa revendication d’une méthode et d’une vocation  – la philologie – correspond à un refus de toute spécialisation ou de toute fermeture préalable à l’égard de l’inépuisable vérité et variété du monde, telle qu’elle est décrite ou investiguée dans le domaine littéraire. En effet, la générosité est une forme de courage ; elle coïncide avec une idée de destin que le jeune Contini défend avec persévérance avant de l’élaborer d’un point de vue critique. La richesse de l’expérience lui sert à projeter à l’extérieur sa curiosité. Par conséquent, il accuse de lâcheté ceux qui, au profit du « programme », renoncent à s’exposer à la totalité du réel. Ainsi décrit-il le « bon lecteur » comme « celui qui est disposé à se laisser envahir par l’âme d’autrui, à travers la lecture. Surtout là où l’on ne se borne pas aux airs préférés. […] Le bon lecteur doit jouer sur plusieurs claviers »[8]. De ce point de vue, on peut qualifier le trait principal de l’esprit de Contini d’excessif : tous ceux qui l’ont rencontré se sont sentis, comme par l’effet d’une contagion, poussés au-delà d’eux-mêmes.

Très jeune, il est engagé sur plusieurs fronts : l’herméneutique des textes anciens en langue vulgaire (italiens aussi bien que français), la théorie philologique, les nouveaux poètes du XXe siècle (Montale, Ungaretti, Cardarelli, Saba), les variantes de Proust et de Mallarmé, le classicisme de Hölderlin. L’éclectisme de Contini est le résultat d’une tension humaine et culturelle vers la rationalisation – toujours approximative – de l’essence du fait littéraire. La richesse de ses intérêts est sa première caractéristique, qui le distingue des autres. Elle découle d’une voracité qui, de la pure érudition en matière de paléographie et de codicologie, le conduit à la critique esthétique, par le moyen d’une véritable boulimie cognitive[9]. De la même façon, il refuse tout encadrement fixe dans une seule discipline, oscillant constamment entre les auteurs du Moyen Âge et les contemporains, entre la littérature, la philosophie, la musique et la peinture, entre les arts et les sciences naturelles, dans le but de les intégrer à travers la comparaison et le raisonnement par différences. Les analogies établies entre Monte Andrea et les symbolistes, Dante et Proust, Pétrarque et Valéry, se fondent donc sur une approche méthodologique bien définie.

Après l’université, il fréquente pendant un an la ville de Turin, à l’aide d’une bourse qui lui permet d’approfondir ses études de philologie romane auprès de Santorre Debenedetti. Il en parle à Cecchi dans une lettre du 10 juin 1934 : « Cette année, j’ai eu une bourse de “perfectionnement” en philologie romane, que j’ai utilisée pour me rendre à Turin, chaque semaine, afin de fréquenter les cours de Santorre Debenedetti. C’est un homme qui enseigne la philologie presque en cachette : avec un hochement de la tête, une inflexion de la voix. Je crois qu’il n’existe personne d’autre en Italie qui soit, par principe, philologue ; et chaque métier est avant tout un idéal, c’est-à-dire le “double” de la conscience ; et je crois vraiment que personne n’a appris ces choses de lui autant que moi »[10]. Dans l’érudition historique et la sensibilité formelle de Debenedetti Contini découvre la possibilité de transmettre la théorie à travers un style, d’enseigner la grammaire de la critique par sa pratique concrète. Cette leçon est confirmée par l’aphorisme qui conclut le passage qu’on vient de citer : chaque métier – le métier de père comme celui de vivre – consiste dans la volonté acharnée de prendre conscience de soi ; et donc avec la raison on doit dépasser la spontanéité en manifestant sa propre moralité sur le plan de l’action.

Entre 1935 et 1936, il se rend à Paris, où il étudie principalement les poètes provençaux et fréquente les cours du Collège de France, de la Sorbonne et de l’École des Hautes Études, en particulier les séminaires de Joseph Bédier, Alfred Jeanroy et Georges Millardet. De Paris, il envoie au Recteur de l’Université de Pavie des informations sur ses fréquentations : « Bédier est tellement aimable qu’il m’invite avec cinq ou six autres disciples, deux fois par semaine, à des conférences absolument privées chez lui »[11]. Mais à Paris il rencontre également Paul Valéry, comme en témoigne ce compte rendu pris sur le vif qu’il fait à Cecchi le 6 juillet 1936 :

Je tiens à vous rassurer : avec Valéry, tout s’est très bien passé. Moi, j’ai plusieurs problèmes avec les rapports mondains ; mais cette fois-ci, je peux dire que j’étais dans une très bonne disposition, puisque je ne voulais pas que vous fassiez piètre figure. Il a fini par me donner des coups de coude ; il m’a dit des choses « en confidence » ; il m’a retenu pendant presque une heure et demie ; il m’a invité à revenir, quand il sera rentré de Genève, vers la fin du mois ; et nous avons échangé nos numéros de téléphone.[12]

Ces images mondaines témoignent du charisme de Contini : il a 23 ans lorsqu’il reçoit les confidences et le numéro de téléphone d’un homme de 65 qui, avec la Jeune Parque et Le Cimetière marin, avait imposé à l’art moderne une transformation rigoureuse au sens critique et dialectique.

En 1935, il fait paraître son compte rendu du volume de Giorgio Pasquali, Storia della tradizione e della critica del testo, où la réflexion philologique, historique et de critique textuelle laisse apparaître, à côté de l’admiration pour Pasquali, une analyse attentive suivant le modèle de Bédier ; cependant, il refuse l’axiome principal du maître français, c’est-à-dire le caractère intouchable du meilleur manuscrit. Contini soutient que chaque édition ou opération critique est une hypothèse, un système de propositions, en équilibre entre logique et intuition, nécessairement caractérisé par la justification historique et la vraisemblance logique de la reconstruction. Bien plus tard, à l’occasion de son entretien avec Ludovica Ripa di Meana, il affirme :

Il y a les bonds, les illuminations, les ruptures : mais, eux aussi, ils doivent être composés. S’ils sont composés rationnellement, ils sont corrects. Si ces illuminations ne sont qu’apparentes, elles doivent être refusées. La moralité, pour un homme de lettres, est là : c’est le fait de savoir se châtier soi-même quand on court trop vite et, en même temps, le fait de ne pas rejeter l’illumination, et le contrôle de l’illumination, quand elle se présente avec sa tyrannie.[13]

Ainsi, les deux pôles de sa méthode sont mis au centre d’une dialectique inépuisable, qui reçoit sa force et sa fécondité de l’opposition entre ces deux extrêmes : d’un côté le plaisir du texte, de l’autre une rigoureuse discipline analytique. Dans chaque opération critique ou philologique, Contini fait preuve d’un immense savoir et d’une magnifique rationalité, mais aussi d’un penchant pour l’aventure personnelle, « romantique », ou, comme l’on a déjà pu constater, autobiographique. Le culte du particulier, qu’il revendique très souvent, possède à ses yeux une valeur morale. Dans une page d’une netteté et d’une intensité admirables, tirée de son texte Ricordo di Joseph Bédier, publié en 1939, il parle ainsi de son maître :

Nous n’aimons pas celui qui est si vulgaire qu’il ne peut résister au pur irrationnel et se laisse traverser voluptueusement par le courant magnétique : entre autres choses, parce qu’il finira par vouloir provoquer lui-même le courant, et qu’il deviendra un mécanicien ou un logiciste de l’irrationnel. Mais, sans un peu de magnétisme ou de poésie, on n’a pas de science non plus : et les tempéraments qui nous sont chers sont les dialectiques qui rationalisent l’irrationnel dans un cycle périodique ininterrompu, qui mettent de l’ordre dans la vie par les valeurs. Or, le cartésianisme de Bédier, son a priori de clarté, était tout entier dans la critique dissolutive des dogmatismes primaires, des soi-disant théorèmes paresseusement transformés en postulats, il n’était pas dans les conclusions.[14]

 À 26 ans, il obtient la chaire de philologie romane à l’université suisse de Fribourg, et de cette ville il écrit ce qui suit au Recteur Ciapessoni : « Cher Monsieur le Recteur, j’ai le plaisir de vous annoncer que je viens d’être nommé professeur de philologie romane à l’Université de Fribourg, en Suisse. Si je pense que mes prédécesseurs les plus récents sont Bertoni, Monteverdi et Migliorini, ce plaisir se transforme en crainte »[15]. Ce sont des mots qui témoignent, en même temps que d’une conscience et d’un réalisme scrupuleux, d’une conception noble et élevée de la recherche scientifique et de son extériorisation dans l’enseignement. Comme l’ont reconnu par la suite plusieurs témoins et disciples, Contini, en tant que chercheur et professeur, a été exemplaire, et pas seulement par sa passion et son génie ; comme il aimait le souligner, son travail était aussi une forme de participation à la vie civile politique. L’enseignement était conçu et vécu par lui comme un témoignage de moralité, un reflet de la rectitude intérieure de l’individu.

En 1941, Contini répond publiquement à une enquête organisée par la revue « Primato » sur les universités et la culture. L’une des questions abordées est existentielle : il paraît en effet que les jeunes gens de l’époque se caractérisent par leur conformisme, leur formalisme et leur indifférence. Cependant, Contini dirige le discours vers une autre direction :

On voudrait demander si […] la disponibilité des jeunes aujourd’hui, que l’on peut facilement identifier avec l’indifférence de Moravia, de la même façon facilement transformable, peut-être, en foi par l’apparition d’un apôtre, ne fait partie enfin que des tendances religieuses de l’époque, au même titre que la noche oscura de Juan de la Cruz, ou bien, si l’on refuse d’utiliser le vocabulaire de la mystique catholique, l’angoisse et le désespoir théologique des kierkegaardiens et des barthiens. L’impossibilité fondamentale de connaître l’homme a eu au cours de l’histoire des manifestations différentes ; elle peut disparaître aisément derrière le culte reconnu d’une forme. À partir du respect scientifique, le positivisme en dernier a inventé une structure simple visant à enfermer les esprits comme dans une cage, bornée par les barreaux de toutes sortes de certitudes apaisantes. Aujourd’hui, dans l’offre anachronique de n’importe quelle foi de laboratoire, de n’importe quel dogme de la nature, ce ne serait qu’une sottise.[16]

Ainsi, selon l’auteur, des activités comme les études, la recherche et l’enseignement se rattachent à une quête religieuse qui existe depuis toujours : face à la disponibilité curieuse et trépidante des disciples, le professeur doit résister à la tentation de devenir un apôtre, dispensateur de réponses, formules et solutions. Mais il ne doit pas pour cela réduire au silence, ou censurer, les données constitutives de la spiritualité moderne : l’angoisse et le désespoir théologiques, suscités par l’impossibilité, pour l’homme, de se connaître. Celui qui veut enfermer les esprits des jeunes dans des certitudes sans questions – autrement dit, tout enseignant qui cherche à rassurer – est, selon ses mots, un imbécile. Contini récuse l’idée selon laquelle le rôle de transmettre un savoir prédéterminé et dogmatique serait dévolu aux écoles et aux universités. Au contraire, enseigner signifie pousser les jeunes vers la recherche personnelle, conduite à partir d’instruments obtenus à travers l’expérience, qui leur permettent de faire leurs premiers pas avec ordre et clarté :

Plus le maître moderne est capable de passer des notions empiriques, moins lui semble probable le fait de fournir une science « objective » ex cathedra, même sous la forme d’une monographie paradigmatique ; il voudra collaborer, appliquer, surtout dans le contexte du séminaire. […] C’est une question d’hommes : de maîtres plus que jamais fraternels, et s’il est légitime de le dire, « désespérés ». Tout problème pédagogique est d’amour, depuis Platon ; aujourd’hui plus que jamais.[17]

 À Fribourg, comme à Florence et à Pise, Contini tenait ses séminaires avec très peu d’étudiants, et la fraternité a été peut-être réelle avec eux, mais hiérarchique et modérée, comme celle d’un frère aîné avec les plus petits : une relation que le père Giovanni Pozzi a décrite comme différente des simples relations entre camarades[18] et proche de la fraternité monastique. Comme l’a remarqué  Guglielmo Gorni, la spéculation de Contini n’est pas, par nature, transmissible de façon inerte, elle n’accepte pas d’imitateurs ou d’épigones. Elle ne se fonde pas sur la mimésis mais sur la méthode : le destinataire ne doit pas se sentir poussé vers la simple reproduction, mais vers l’initiative personnelle[19]. Il avoua à Giovanni Nencioni : « les étudiants s’attendent à ce que je fasse des spectacles ou des numéros de charme, et moi je les déçois, parce que j’enseigne surtout de la grammaire », c’est-à-dire une méthode fondée sur la fidélité généreuse et patiente à la matière linguistique et stylistique des textes[20]. En effet, la critique littéraire de Contini est avant tout une expérience concrète de la langue, en tant que fait historique et phénomène stylistique. À ce propos, l’édition commentée des Rime de Dante, qui paraît en 1939, est exemplaire : il s’agit d’une étude sur les aspects linguistiques, prosodiques et stylistiques, qui fournissent un correspondant formel à sa spiritualité et à son besoin de perfection. A la réception du livre, Montale lui écrit, le 21 décembre : « Merci pour ce merveilleux Dante. Tu es vraiment un puits de science !!! Don Peppino de Robertis va l’acheter. Il était bien disposé… à t’admettre, l’autre jour. Joyeux Noël. Viens vite. Tu me manques »[21]. Ce qui surprend, encore une fois, est l’insistance sur la valeur performative attribuée à l’expérience littéraire. D’ailleurs, aucun philologue précédent n’avait su poser avec une intensité pareille la question des rapports entre science textuelle et critique esthétique. De grands philologues comme Ernesto Giacomo Parodi, Michele Barbi, Santorre Debenedetti n’avaient pas la même inquiétude théorétique que Contini, qui ressentait toujours le besoin de se confronter, entre autres, avec Benedetto Croce, afin d’identifier les questions herméneutiques qu’il avait laissées ouvertes dans sa philosophie, d’où esquisser les lignes principales d’un post-crocianisme culturel[22].

En dialoguant à distance avec Croce dans une tension dialectique féconde, Contini propose et accomplit une opération progressive d’une portée immense : il déplace l’objet de la critique littéraire des contenus à la forme, de la psychologie et de l’idéologie à des valeurs « non sentimentales ». Si l’on voulait pousser à l’extrême et simplifier sa position, on pourrait dire que, pour Contini, la littérature n’est pas émotion, mais évocation et ton : incarnation expérimentale de la tension de l’homme vers la vérité, qui se révèle temporellement dans un style. Par conséquent, son approche se caractérise par un historicisme stylistique très rigoureux, sans pour autant se réduire à la pure analyse formelle. Au contraire, dans l’essai de 1937 intitulé Il Senso delle cose nella poesia di Michelangelo, il affirme : « Le style me semble vraiment la façon dont un auteur connaît les choses. Chaque question poétique est une question de connaissance. Chaque position stylistique, je dirais même grammaticale, est une position gnoséologique »[23].

Les dix années décisives de sa carrière sont comprises entre 1937 et 1947. Pendant cette période, il produit une partie très consistante de son œuvre : le commentaire aux Rime de Dante, les essais sur Arioste, Michel-Ange, Pétrarque, Leopardi, Proust, l’édition critique de Bonvesin de la Riva, le petit volume Alcune poesie di Hölderlin tradotte da Gianfranco Contini, l’étude sur le Lessico di Enrico Pea, les deux chapitres sur la « Scapigliatura » et Giovanni Faldella, les essais sur Montale. En 1946, en particulier, il rédige l’introduction à une sélection de poèmes tirés des Ossi di seppia et des Occasioni et traduits en français (Pour présenter Eugenio Montale) ; dans ce texte, l’élégance et la densité du discours sont en harmonie parfaite, si bien que le 31 octobre 1945, Montale tient à écrire à Contini pour le remercier :

Je devrais me jeter à tes pieds pour te remercier de ta très belle, merveilleuse préface, si conforme à la mentalité française, et si efficace pour donner un aperçu de tous tes précédents écrits sur moi. Cependant, je suis désolé parce que je crains d’avoir provoqué ta haine éternelle ; il n’est pas possible d’écrire quatre fois sur quelqu’un sans le haïr profondément et sans découvrir qu’il ne vaut pas un tel effort. […] Je te dirais personnellement et mieux ma gratitude : je préférerais mériter seulement la dixième partie de ce que tu dis de moi, à condition que tu ne me haïsses pas.[24]

 Ce que Contini enseignait à Fribourg, et la façon dont il l’enseignait, nous le savons à travers les témoignages de ses étudiants : principalement, les langues et littératures vulgaires du Moyen Âge, par des exercices continus et intensifs d’analyse textuelle et de grammaire historique. Avec patience et générosité, il affrontait les résistances de ses disciples. D’une part, il voulait transmettre le culte de l’exactitude, la valeur euristique de la précision philologique ; d’autre part, il cherchait à susciter la curiosité et « l’enthousiasme pour la curiosité »[25]. Il ne voulait pas inculquer de certitudes inébranlables, mais communiquer des informations soutenues par des preuves, tout en gardant à l’esprit l’idée que la philologie était « une branche de la culture » et qu’« on pourrait alors la définir comme l’étude du conflit dialectique entre la nature et la culture, soit dans le domaine proprement linguistique […], soit dans le domaine littéraire »[26].

Certaines pages de Dante Isella, marquées par l’intelligence touchante d’un témoin actif, relatent cette période fribourgeoise de l’histoire de Contini :

Pour un jeune homme de 22 ans qui eut la chance d’y vivre, entre janvier 1944 et juillet 1945, la ville de Fribourg de l’époque constitue dans la mémoire une image à part […] Une ville en effervescence, animée par la présence d’intellectuels de haut rang, exilés de la France de Pétain, de l’Espagne de Franco, ou de l’Italie de la défaite […] : des hommes que l’on pouvait rencontrer au coin d’une rue ou à la table d’un café, disponibles pour une conversation […]. Quelques-uns d’entre eux fréquentaient l’université, s’asseyaient aux mêmes bancs que nous et le groupe des étudiants du Tessin. […] Mais le centre, le cœur de la ville était surtout la classe de philologie romane des séminaires de Contini. Ces cours nous transportaient dans un air concentré, raréfié ; d’une part, nous éprouvions la rigueur des procédés textuels, appliqués sous nos yeux aux textes des poètes siciliens ou du provençal Peire Cardinal ; de l’autre, nous sentions le vent d’une grande aventure intellectuelle dans un cours mémorable sur la Stilkritik de Spitzer, où la rigueur des sciences s’adaptait à la syntaxe individuelle de chaque auteur. […] Nous, les Italiens, nous avions la sensation enivrante que notre jeunesse déçue se trouvait enfin comblée, au moment où nous ne l’espérions plus. […] Les leçons fribourgeoises, que nous n’oublierions jamais, nous incitaient à participer justement à cet effort, résolu et victorieux, qui avait pour but de détruire des barrières conceptuelles rigides et de revitaliser les rapports entre la critique et la philologie.[27]

À partir de 1950 commence la deuxième période de la vie de Contini. En 1952, il rentre en Italie, comme professeur de philologie romane à l’Université de Florence, où il achève les deux volumes Poeti del Duecento, parus chez Ricciardi en 1960. Ils sont le résultat d’un travail d’équipe, de la part d’un groupe de jeunes chercheurs (Franca Ageno, Aldo Menichetti, Rosanna Bettarini, D’Arco Silvio Avalle, Cesare Segre, Giovanni Pozzi), sélectionnés et coordonnés par Contini. Cet ouvrage détermine une nouvelle façon de lire les auteurs, anciens aussi bien que modernes, qui implique avant tout une connaissance directe des documents, des compétences linguistiques vastes et profondes et une longue étude des corpora textuels. L’analyse de la langue et du style est considérée comme un instrument indispensable pour comprendre la portée épistémologique et la valeur symbolique de l’œuvre littéraire. La question est approfondie par le même Contini en 1976, lorsqu’il parle de Spitzer et du « pourcentage de vérité » qu’a stimulé la lecture de ses pages :

 Il consiste à rechercher – comme personne ne l’avait jamais fait aussi ouvertement auparavant, ce qui ne suffit pas à le reléguer au rôle de précurseur – la textualité du texte, d’ailleurs sans neutralité ni agnosticisme par rapport à sa valeur. La positivité de l’attitude analytique se lie de façon objectivement dramatique, et en effet variable, avec l’attitude interprétative.[28]

 À une nouvelle manière de faire œuvre de philologue et de critique correspond une nouvelle manière d’écrire. Roberto Antonelli a commenté à ce propos : « L’obscurité du langage critique continien est avant tout un fait de poétique organique, lié aux choix d’un critique écrivain »[29]. L’écriture scientifique de Contini n’est pas dépourvue de l’invention qui caractérise les œuvres d’art, comme l’a suggéré, dès 1988, Cesare Segre: cette écriture doit être mise sur le même plan que l’écriture artistique dans la mesure où elle poursuit la vocation de l’homme à s’approcher de la vérité[30]. Le style de Contini célèbre la présence féconde de l’élément artistique, du magnétisme de la poésie, même dans ses opérations philologiques : à sa façon, il est amusant et amusé, du moment qu’il arme la valeur épistémologique d’une gaieté complice et d’une joie cathartique[31]. Sérieux, rigoureux et très exigeant avec lui-même et avec ses disciples, Contini avait en réalité un tempérament « intimement gai », et, conscient de la valeur morale de l’allégresse et de l’ironie, il savait se comporter de façon compréhensive et paternelle avec ses aficionados[32].

Ce que Contini a dit de Dante peut se référer à lui-même : dans l’écriture on exprime une exigence humaine de perfection, une soif religieuse qui traduit l’amour pour la vie en action et comme exercice d’ascétisme (dans l’essai de 1947 sur Leopardi, il avait remarqué que la technique et la grammaire sont des véhicules providentiels pour la réalisation de la grâce)[33]. On a pu voir à juste titre dans cet aspect de son œuvre l’influence de Rosmini, dont il a appliqué les intuitions aux études littéraires : selon la Teodicea de Rosmini, le cœur de l’homme – à la recherche de l’« ordre » et du « repos moral » – brûle d’une « soif perpétuelle d’état heureux », d’« eau surnaturelle », qu’aucune « liqueur » terrestre ne pourra jamais assouvir ; et c’est pour cette raison qu’il s’épand « en vérifiant continuellement l’éventualité de trouver sa présence dans les choses créées, c’est-à-dire en lui-même »[34]. En dépit de sa conscience du caractère toujours partiel de chaque réalisation personnelle par la poésie, l’individu libre qu’est le poète cherche l’ascèse – l’effort technique – comme moyen (comme forme d’engagement moral) afin d’établir une relation avec Dieu.

Voici le problème central posé par ce qu’on appelle « critique linguistique », ou, pour le dire avec Contini, critique verbale : il s’agit d’une réélaboration profonde et originale de la critique stylistique passée au tri du structuralisme. Elle comporte, premièrement, l’exécution et l’auscultation attentive, diligente et passionnée de la surface du texte (la textualité du texte). Voyons à ce propos une note laissée par Contini : « La forme, en termes abstraits, si l’on n’est pas moraliste, est aussi postérieure que la matière : en quoi la critique stylistique serait-elle inférieure à la critique psychologique ? Si au contraire on accorde de l’importance à l’unité d’action et d’intention, il y a un usage concret parfaitement fonctionnel de la philologie et de la stylistique ». L’indivisible et irréductible unité d’action et d’intention sur le plan logique dans chaque expérience humaine garantit l’importance fonctionnelle de la philologie et de la stylistique, qui, en s’appliquant à la forme spécifique du texte, à la manifestation concrète de l’invention littéraire, interrogent la valeur absolue que détient la littérature. Au début du très célèbre essai sur la langue de Pétrarque, il formule ainsi cette idée : « bien que le procédé soit discret et limité, la cible finale de n’importe quel discours sur n’importe quel auteur est l’intégralité de cet auteur ; illuminé par un projecteur unique, placé dans un seul endroit, ce qui cause des disproportions entre lumière et ombre, tout l’auteur en est frappé »[35]. Le pathos de la distance, typique de Contini, porte à la reconnaissance des traits irréductibles de la réalité dans l’histoire, et impose d’exclure de toute assertion l’intuition non contrôlée ou non vérifiée, au profit du fait que chaque petite ou grande vérité est obtenue en faisant « prévaloir les procédés de la raison sur les réactions purement subjectives »[36].

Après les grands essais écrits à l’occasion du centenaire dantesque de 1965, Contini entreprend trois sortes de travaux. D’abord, il théorise le travail accompli dans la pratique en dépassant, du moins partiellement, son opposition à toute approche spéculative ; il rédige à ce moment des contributions importantes : Rapporti tra la filologia (come critica testuale) e la linguistica romanza (1970), La critica testuale come studio di strutture (1971), « Filologia » (1977, comme entrée de l’Enciclopedia del Novecento), toutes recueillies avec d’autres écrits du même genre dans l’ouvrage Breviario di ecdotica, imprimé pour la première fois en 1986.

En outre, il entreprend un long travail consacré à la publication, à l’attribution et au commentaire du Fiore, qui aboutit à une double édition en 1984. Confronté à un ouvrage anonyme, dont il existe un seul manuscrit, Contini démontre la paternité de Dante à partir du style ; autrement dit, il retrouve toutes les données (verbales, métriques et phoniques) partagées entre ce texte et le reste de la production de Dante.

Enfin, avec sa disciple Rosanna Bettarini, il réalise une édition critique des poèmes de Montale, qui paraît chez Einaudi en 1980, et décrit les différentes phases de l’élaboration de chaque composition à l’aide de tous les documents disponibles à l’époque. En 1975, Montale reçoit le Prix Nobel pour la littérature, et Contini lui écrit une lettre de félicitations le 23 octobre ; elle représente peut-être le témoignage le plus saillant de son esprit :

Parfois même l’Académie de Suède découvre l’anneau qui ne tient pas. Je suis heureux, parce que ce sera toi qui profiteras de l’une de ses rares fautes ; et je suis prêt à la lui pardonner complètement si je pense au triomphe qu’en aurait sans doute tiré Mosca [surnom de la compagne de Montale, Drusilla Tanzi : 1885-1963]. Ici notre mineur t’envie, pas pour l’argent, mais parce que tu vas à Stockholm, et au fond il espère que si j’y allais pour la troisième fois (il y a un manuscrit du Roman de la Rose) je le mettrais dans ma valise. Si tu n’es jamais allé à l’ancienne Uppsala (mais je crois que non, parce qu’il y aurait trace dans ton œuvre complète de la perdrix blanche du cercle polaire que l’on trouve seulement au moment du dégel), demande qu’on t’amène aux tombes des Vikings. Ils mettent un litre de cidre dans un corne en métal : le mien était toujours celui d’U Thant.[37]

Comme toujours dans l’expérience de Contini, c’est la vie qui a le dernier mot. En novembre 1975, il est nommé à l’École Normale Supérieure de Pise ; en 1985, il retourne à Domodossola, où il meurt le 1er février 1990.

Uberto Motta

Université de Fribourg

POUR CITER CET ARTICLE  Uberto Motta, « ‘Mettre de l’ordre dans la vie’ : L’expérience de Gianfranco Contini », Nouvelle Fribourg, n. 1, juin 2015. URL : http://www.nouvellefribourg.com/universite/mettre-de-lordre- dans-la-vie-lexperience-de-gianfranco-contini/

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NOTES

1 Pour toute information préalable, nous nous référons ici à Giancarlo Breschi (éd.), L’Opera di Gianfranco Contini. Bibliografia degli scritti, Firenze, Edizioni del Galluzzo, 2000, et Pietro Montorfani (éd.), Gianfranco Contini, Una Biografia per immagini, Firenze, Edizioni del Galluzzo, 2012.

2 Dante Isella (éd.), Eusebio e Trabucco. Carteggio di Eugenio Montale e Gianfranco Contini, Milano, Adelphi, 1997, p. 3.

3 Ibid., p. 52.

4 Ibid., p. 61.

5 La lettre est citée dans Maria Antonietta Grignani, « Gianfranco Contini e Pietro Ciapessoni. Un alunno d’eccezione, un rettore lungimirante », Filologia e critica, 15, 1990, p. 182.

6 Ibid., p. 181.

7 Paolo Leoncini (éd.), L’Onestà sperimentale. Carteggio di Emilio Cecchi e Gianfranco Contini, Milano, Adelphi, 2000, p. 9.

8 Diligenza e voluttà. Ludovica Ripa di Meana interroga Gianfranco Contini, Milano, Mondadori, 1989, p. 131.

9 Giovanni Nencioni, « Ricordo di Gianfranco Contini », Filologia e critica, 15, 1990, p. 191-205.

10 P. Leoncini (éd.), L’Onestà sperimentale, p. 8.

11 M. A. Grignani, « Gianfranco Contini e Pietro Ciapessoni », p. 183.

12 P. Leoncini (éd.), L’Onestà sperimentale, p. 31.

13 Diligenza e voluttà, p. 231.

14 Gianfranco Contini, « Ricordo di Joseph Bédier », dans Esercizi di lettura, Torino, Einaudi, 1974, p. 360.

15 M. A. Grignani, « Gianfranco Contini e Pietro Ciapessoni », p. 184.

16 Gianfranco Contini, « Risposta a un’inchiesta sull’università », dans Esercizi di lettura, cit., p. 388.

17 Ibid., p. 389.

18 Giovanni Pozzi, « Dittico per Contini », dans Alternatim, Milano, Adelphi, 1996, p. 527-574.

19 Guglielmo Gorni, « Divinatio, lectio difficilior e diffrazione nella filologia di Contini », Filologia e critica, 15, 1990, p. 232.

20 G. Nencioni, « Ricordo di Gianfranco Contini », p. 191.

21 D. Isella (éd.), Eusebio e Trabucco, p. 59-60.

22 Voir à ce propos Angelo Pupino (éd.), Riuscire postcrociani senza essere anticrociani. Gianfranco Contini e gli studi letterari del secondo Novecento, Firenze, Edizioni del Galluzzo, 2004.

23 G. Contini, «Una Lettura su Michelangelo», dans Esercizi di lettura, p. 243.

24 D. Isella (éd.), Eusebio e Trabucco, p. 115.

25 Diligenza e voluttà, p. 21.

26 Tiré de la préface au polycopié du cours de 1944.

27 Dante Isella, Per Giovanni Pozzi, Milano, Adelphi, 2001, p. 10-14.

28 Gianfranco Contini, « Spitzer italiano », dans Ultimi esercizi ed elzeviri, Torno, Einaudi, 1988, p. 257-258.

29 Roberto Antonelli, « Contini e la poesia italiana », dans Gianfranco Contini vent’anni dopo, a cura di N. Merola, Pisa, ETS, 2011, p. 85-106.

30 Cesare Segre, «Lo Stile Contini», Corriere del Ticino, 26 marzo 1988, p. 36.

31 Aurelio Roncaglia, « Ricordo di Gianfranco Contini », préface de Gianfranco Contini, La Critica degli scartafacci e altre pagine sparse, Pisa, Scuola Normale Superiore, 1992, p. XXXIV-XXXV. Aldo Menichetti, « Contini, i “Poeti del Duecento” e dopo », Archivio Storico Ticinese, 155, 2014, p. 82-83.

32 Aldo Menichetti, « Contini, i “Poeti del Duecento” e dopo », Archivio Storico Ticinese, 155, 2014, p. 82-83.

33 Gianfranco Contini, «Implicazioni leopardiane», dans Varianti e altra linguistica, Torino, Einaudi, 1970, p. 41-52.

34 Andrea Poli, Fede sperimentale. La Filologia di Gianfranco Contini, Antella (Firenze), Area Bianca, 2010, p. 149.

35 Gianfranco Contini, « Preliminari sulla lingua del Petrarca », dans Varianti e altra linguistica, p. 169.

36 Gianfranco Contini, « Introduzione » de Il Fiore e il Detto d’Amore attribuibili a Dante Alighieri, Milano, Mondadori, 1984, p. XXI.

37 D. Isella (éd.), Eusebio e Trabucco, p. 261.

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